Le monde aborde l’année 2012 en étant confronté à un défi considérable en matière d’emploi et à des déficits de travail décent à grande échelle », observe le rapport annuel de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les tendances mondiales de l’emploi, rendu public le 23 janvier. En effet, constate Juan Somavia, secrétaire général du Bureau international du travail, « malgré les efforts acharnés des gouvernements, la crise de l’emploi ne connaît pas de répit : un travailleur sur trois dans le monde – environ 1,1 milliard de personnes – est chômeur ou vit sous le seuil de pauvreté ». Pour générer une croissance durable tout en maintenant la cohésion sociale, constate l’OIT, il faudrait créer 600 millions d’emplois productifs sur la prochaine décennie.
« Après trois années de conditions de crise permanentes sur les marchés du travail mondiaux et face à la perspective d’une dégradation supplémentaire de l’activité économique, le chômage accumulé au niveau mondial s’élève à 200 millions d’individus », soit une augmentation de 27 millions depuis le début de la crise. De ce fait, note le rapport, le ratio emploipopulation (la proportion de la population en âge de travailler qui occupe effectivement un emploi) a fortement baissé durant la crise, passant de 61,2 % en 2007 à 60,2 % en 2010, « ce qui représente la plus forte baisse jamais enregistrée depuis 1991 ». Parmi les personnes les plus touchées par cette dégradation figurent les jeunes, dont le taux de chômage mondial s’établit en 2011 à 12,7 %, soit une hausse supérieure de 1 % par rapport à son niveau d’avant-crise. 74,8 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans étaient ainsi au chômage en 2011, ce qui représente une augmentation de plus de 4 millions depuis 2007. Les jeunes, poursuit le rapport, « ont presque trois fois plus de chances d’être au chômage que les adultes ». De plus, ajoute-t-il, « selon les estimations, 6,4 millions d’entre eux ont abandonné l’espoir de trouver un emploi et ont carrément quitté le marché du travail ». Enfin, dans le même temps, on compte en 2011 près de 29 millions d’actifs en moins, soit 6,4 millions de jeunes et 22,3 millions d’adultes en moins. Les taux d’activité ont particulièrement baissé dans beaucoup de pays de la région des économies développées et de l’Union européenne, « ce qui s’est traduit par 6 millions d’actifs en moins que ce qui était prévu au regard des tendances d’avant la crise ».
Le rapport décrit trois scénarios d’évolution de la situation de l’emploi. La projection de base se traduirait par 3 millions de chômeurs supplémentaires dans le monde en 2012, soit un total de 200 millions d’individus et une hausse jusqu’à 206 millions d’ici 2016. En revanche, si le taux de croissance mondial est inférieur à 2 % en 2012, alors le chômage s’élèvera à 204 millions en 2012, avec une augmentation supplémentaire à 209 millions en 2013. Enfin, « selon un scénario moins douloureux, qui suppose une résolution rapide de la dette dans la zone euro », le chômage mondial baisserait d’environ un million en 2012 par rapport à la projection de base, et de 1,7 million en 2013. S’agissant de la situation des jeunes, « il y a peu d’espoir de voir une amélioration substantielle des perspectives d’emploi à court terme », puisque, selon les projections, la proportion des jeunes chômeurs devrait rester inchangée en 2012, et la part des jeunes se retirant « carrément du marché du travail » devrait augmenter.
Enfin, observe l’OIT, les différentes projections sur le ratio emploi-population ne sont pas encourageantes, se traduisant par une légère baisse en 2016, selon la projection de base, et une chute probablement au niveau le plus bas vers 2013, selon le deuxième scénario. Même le scénario d’amélioration ne permettrait pas une « hausse substantielle » du ratio, qui demeurerait bien inférieur aux niveaux d’avant la crise sur les prochaines années.
L’OIT souligne en premier lieu que les mesures menées dans les économies avancées, telles que l’élargissement des indemnités de chômage, les programmes de partage du travail, la réévaluation des salaires minima et des subventions salariales, le renforcement des services publics de l’emploi, les programmes de travaux publics et les incitations à l’entrepreneuriat, ont montré qu’elles avaient produit des effets sur l’emploi et les revenus.
Mais le rapport plaide en faveur de politiques mieux ciblées pour soutenir la croissance de l’emploi et avertit qu’à elles seules les mesures d’aide publique supplémentaires ne sauraient forger une reprise durable.
L’OIT préconise également d’améliorer l’éducation et le développement des compétences, d’établir des régimes de protection sociale adéquats, de renforcer le dialogue social entre travailleurs, employeurs et gouvernements « pour générer un large développement reposant sur une distribution juste et équitable des gains économiques ».
En outre, le rapport plaide pour une réforme globale du marché financier, « qui aiderait puissamment le marché du travail et ajouterait jusqu’à un demi-point de pourcentage à la croissance de l’emploi, en fonction de la situation de chaque pays ».
Cependant, avertit l’OIT, pour être efficaces, ces plans de relance supplémentaires doivent être coordonnés au niveau mondial et ne doivent pas risquer de compromettre la viabilité des finances publiques en augmentant encore la dette publique.


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