Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 08:48

La santé reste à la marge de la campagne. Gauche et droite s'opposent sur la manière de réduire le déficit de la sécurité sociale. Mais, au-delà de la question de l’accessibilité des soins, se pose celle de la transformation de notre modèle de santé publique.

« Le mandat qui s’annonce, quoi qu’il arrive, sera marqué par une grande réforme, celle de l’assurance maladie, et pourtant on n’en parle pas ». C’est Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui a mis les pieds dans le plat dans une récente interview, faisant ce double constat : la réforme de notre système de santé constitue un chantier majeur pour le prochain Président de la République et, malgré cela, ce sujet est complètement absent des radars de la campagne présidentielle. Certes, les principaux candidats s’accordent peu ou prou sur plusieurs éléments qui marquent la crise actuelle de notre système : augmentation des maladies chroniques, difficultés d’accès aux soins pour une part importante de la population, déserts médicaux, dépassements d’honoraires et, surtout, déficit chronique alimentant une dette sociale qui a atteint le niveau record de 136 milliards d’euros en 2011.

Pour François Hollande comme pour Nicolas Sarkozy, la réduction de ce déficit constitue une priorité, mais les moyens pour y parvenir restent, eux, très différents. Là où l’actuel Président veut continuer à contenir les dépenses par la limitation de la demande de soins, via un renforcement de la politique  de « responsabilisation » des usagers, avec par exemple la mise en place d’une carte vitale biométrique pour éviter les fraudes, le candidat socialiste s’est engagé à la suppression d’une partie au moins des franchises médicales, que Nicolas Sarkozy avait instauré au début de son mandat. L’hôpital constitue lui aussi un point de divergence majeur : Là où la droite – et Laurence Parisot avec elle - veut étendre la tarification à l’activité (T2A) et, surtout, continuer la convergence tarifaire entre le public et les cliniques privées, les socialistes rappellent à juste titre les spécificités du service public hospitalier et, donc, l’impossibilité de le traiter de manière équivalente à celui des acteurs privés. Malheureusement, François Hollande reste très flou sur les moyens qu’il mettra en œuvre pour répondre à la crise actuelle que connaît l’hôpital, laissant planer le doute sur sa réelle motivation à réformer en profondeur notre système de santé. D’ailleurs, aucun des principaux candidats ne répond aux quatre grands enjeux qu’impliquerait une telle réforme que sont la transformation de la médecine libérale, la santé environnementale, l’indépendance et, enfin, le financement.

L’une des questions primordiales touchant à la santé reste l’accès aux soins de proximité, que les dépassements d’honoraires, notamment dans les grandes villes (Paris restant la championne toute catégorie confondue dans ce domaine) et les déserts médicaux rendent particulièrement difficiles. En outre, le désengagement de l’assurance maladie sur la couverture des soins de base, qui ne sont plus remboursés qu’à hauteur de 55 % pour les usagers qui ne souffrent pas d’affections longue durée (ALD), tend à accentuer le renoncement aux soins des populations les plus fragiles. Dans ce contexte, l’accès à une mutuelle est primordiale. Or, plus de 6 millions de personnes n’ont à ce jour aucune assurance complémentaire. On comprend mieux pourquoi les urgences hospitalières, qui accueillent tout le monde et restent encore quasi gratuites, sont surchargées. L’une des clés pour répondre efficacement à cette situation est de refondre la médecine libérale. La liberté d’installation, qui aboutit à la surconcentration de médecins dans les régions déjà largement dotée sur le plan médical ou encore la tarification à la consultation, particulièrement inflationniste et coûteux pour l’assurance maladie, doivent être entièrement revues.

Il n’est plus possible de laisser aux médecins la possibilité de s’installer où ils le souhaitent sans contrepartie, tout comme le paiement à la consultation ne peut en aucun cas constituer un mode de rémunération pérenne dans un contexte où plus de 8 millions de personnes sont atteints de maladies chroniques. Par exemple, les collaborations entre les professionnels, au sein de réseaux ou de centres de santé, devraient être valorisées et facilitées. Dans cette logique, le nombre de médecins généralistes, longtemps contenu par un numerus clausus ridiculement bas, doit être revu à la hausse, tout comme l’ouverture des formations médicales à des jeunes issus de milieux sociaux et de territoires défavorisées, pour faciliter les installations dans les zones sous dotées. Ces transformations constitueraient certes un changement radical de la médecine libérale, et exige un réel courage politique, mais le moment est idéal pour mener cette transformation : seuls 10 % des jeunes médecins continuent à s’installer en cabinet. La résistance au changement des principaux syndicats représentatifs de la profession apparaît en complet décalage avec les pratiques de ses membres.

Mais au-delà de la question de l’accessibilité des soins, se pose la question de la transformation de notre modèle de santé publique. Notre système de santé s’est d’abord constitué comme un système de soins. Résultat : 98 % du budget de l’assurance maladie est consacré à soigner, tandis que 2 % seulement sont dédiés à la prévention. Pourtant, l’explosion des maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou encore les cancers qui, en grande partie, sont liées à des facteurs environnementaux, devraient inciter les candidats à préconiser une véritable révolution sanitaire qui viserait à investir massivement dans la prévention et la santé environnementale. Les trois premières causes de mortalité en France sont liées à notre alimentation trop grasse, trop sucrée et trop salée.

Pour lutter efficacement contre ces pathologies, nous ne pouvons continuer à prendre en charge des médicaments et dispositifs médicaux très coûteux si, dans le même temps, une action décisive n’est pas menée sur nos modes d’alimentation. De la même manière, la pollution de l’air, via les microparticules, sont responsables de 40 000 décès par an (soit plus que l’alcool) et, là encore, impossible de résoudre ce problème si rien est fait pour limiter l’usage de véhicules polluants. Si Nicolas Sarkozy n’évoque plus du tout ces questions (Pire ! sous son quinquennat, l’Agence nationale de la recherche (ANR)  a suspendu pour un an le financement du seul programme de recherche consacré à la santé environnementale. On est bien loin des promesses du Grenelle de l’environnement…), François Hollande et surtout Eva Joly ont fait de la prévention un des piliers de leur programme. Mais pour le candidat socialiste en tout cas, il ne s’agit de renverser le modèle curatif, qui reste sa principale ligne d’horizon dans ce domaine.

Il faut dire qu’un tel changement bouleverserait les rentes de situation de certains acteurs économiques : celles de l’industrie agro-alimentaire, qui s’était opposée à l’interdiction de la publicité de la malbouffe dans et à proximité des établissements scolaires lors de la présentation de  la première mouture de la loi HPST, ou encore ceux des fabricants d’engrais, de l’automobile ou de la téléphonie mobile. Mais ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui auraient le plus à perdre d’un changement de paradigme des politiques de santé. Malgré les avancées de la loi sur le médicament promue par Xavier Bertrand, beaucoup reste à faire pour rendre le système de santé indépendant de l’influence des industriels. Cette influence s’opère à tous les niveaux de la chaine de décisions, via les visiteurs médicaux auprès des médecins et des hôpitaux, mais aussi au sein même des organismes de régulation. Résultat : La France consomme trop de médicaments et surpaye les nouveaux produits mis sur le marché sans que l’intérêt thérapeutique de ces derniers ne soient toujours avérés.

En outre, la France dispose d’un répertoire thérapeutique de produits pléthorique (2000 molécules sont remboursés par l’assurance maladie, quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que seules 500 seraient réellement nécessaires). Une plus grande indépendance des acteurs de la santé vis à vis des intérêts industriels du secteur pharmaceutique constitue donc un double défi : sanitaire  (la iatrogénie médicamenteuse, c’est-à-dire les maladies provoquées par l’absorption de médicaments, serait responsable de 10 % des hospitalisations des personnes âgées) et économique (En 2009, l’assurance maladie a remboursé pour 27 milliards d’euros de médicaments, en augmentation de plus de 20 % depuis 2004 !). En outre, une évaluation des nouveaux médicaments en fonction de leur valeur ajoutée thérapeutique par rapport aux produits existants inciterait les industriels à innover réellement, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps (En 2009, sur 279 nouveaux médicaments, seuls 9 présentaient un vrai progrès thérapeutiques). Mais une nouvelle fois, les principaux candidats en restent à des déclarations d’intention. Ainsi, aucun ne s’est prononcé pour des mesures telles qu’un investissement public massif dans la recherche pharmaceutique, financée aujourd’hui à 99 % par les industriels, la mise en place de mécanismes systématiques de déclaration de potentiel conflit d’intérêt, à l’image du Sunshine Act voté aux Etats-Unis, ou encore la participation dans les prises de décision de représentants de la société civile.

Enfin, reste un dernier point, et pas un des moindres, celui du financement de l’assurance maladie. Pour y répondre, la droite ne rechignerait ni à accentuer la privatisation des soins de base, laissant au public la gestion des « gros risques » via l’hôpital, ni à différencier les niveaux de remboursements en fonction des revenus des malades (principe du bouclier sanitaire). Mais l’abandon de la solidarité qui prévaut depuis la création de la sécurité sociale accentuerait la crise sanitaire comme c’est le cas pour les pays qui ont opté pour ce type de solutions. En ce sens, l’attachement de la gauche au principe de solidarité entre malades et bien-portant, selon la logique « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins », constitue un marqueur essentiel du débat.

D’ailleurs, pour financer les dépenses socialisées de santé qui, n’en doutons pas, vont continuer à augmenter dans les prochaines années, le parti socialiste comme ses probables partenaires en cas de victoire veulent étendre l’assiette des cotisations aujourd’hui basée sur les seuls revenus du travail. Ces cotisations représentent encore près de la moitié de ressources de l’assurance maladie : leur diminution au profit d’un accroissement du taux de prélèvement de la CSG, qui concerne tous les revenus, constituerait une voie possible d’amélioration du financement de l’assurance maladie. Mais ne nous voilons pas la face : la pérennité de notre système de santé ne pourra être assurée que par une augmentation des prélèvements. La contrepartie pour les assurés est d’être certains que les dépenses de santé redeviennent de réels investissements. Et cela, seule une réorganisation du système vers un modèle indépendant des industriels, capable d’endiguer les maladies chroniques et d’assurer l’accès aux soins pour toutes et tous, permettrait de leur garantir.


David Belliard
Article Web - 13 avril 2012

 

Par Union Locale CFE CGC de RENNES (35) - Publié dans : SANTE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 21:42

Nous vous rappelons notre réunion mensuelle du lundi soir organisée par l'Union Locale

 

 

LUNDI 26 MARS 2012 à 18h00

 

 

avec notre expert sur le logement social,

le logement des seniors 

et le logement des personnes handicapées

 

 

nous vous attendons nombreux !!

Par Union Locale CFE CGC de RENNES (35) - Publié dans : VIE de l'Union Locale
Voir les 0 commentaires
Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 08:49
La Cour de cassation précise les conditions d’appréciation des critères de la représentativité syndicale par le juge.

Pour la Haute juridiction, si les sept critères prévus par l’article L. 2121-1 du Code du travail doivent être tous réunis pour établir la représentativité d’un syndicat, ceux tenant au respect des valeurs républicaines, à l’indépendance et à la transparence financière doivent être satisfaits de manière autonome. Les autres, à savoir ; l’influence, les effectifs d’adhérents et cotisations, l’ancienneté dès lors qu’elle est égale à 2 ans, et l’audience dès lors qu’elle est au moins égale à 10 % des suffrages exprimés, doivent faire l’objet d’une appréciation globale.

Ainsi, dans une affaire, un syndicat, ayant obtenu plus de 10 % des suffrages et étant présent dans l’entreprise depuis plus de 2 ans, a vu les désignations de son délégué syndical d’établissement et de son délégué central d’entreprise annulées par le juge, car sa représentativité n’était pas établie au regard du critère de l’influence, et des adhérents, ainsi que de la transparence financière.

Pour casser cette décision la Cour de cassation considère que les critères de d’influence et du nombre d’adhérents devaient faire l’objet d’une appréciation globale avec l’ancienneté du syndicat qui était d’au moins 2 ans et celui de l’audience qui était de plus de 10 %.

Par ailleurs, pour le critère de la transparence financière, le fait que le syndicat ne produise pas ses comptes, comme l’impose l’article D. 2135-3 du Code du travail, ne dispensait pas le juge d’examiner les documents qu’il fournissait.

Sur les critères de la représentativité syndicale, v. Lamy social 2011, n° 3577 et s.

Cass. soc., 29 févr. 2012, n° 11-13.748, P+B+R

 

Dominique Jullien

Par Union Locale CFE CGC de RENNES (35) - Publié dans : Jurisprudence sociale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 12:29

Un jour pour se donner bonne conscience !

 

 

À la veille du 8 mars, journée internationale de la femme, la litanie des chiffres recommence : 20 %, 23 %, 27 %, 30 %... Ce sont les écarts salariaux entre hommes et femmes, constatés en France par des organismes spécialisés. Les médias s’emparent de plus en plus de ce sujet mais uniquement le 8 mars !

 

La CFE-CGC travaille sur l’égalité professionnelle toute l’année via les représentants de son Réseau Équilibre. La réduction des écarts salariaux qui vont de 20 % à 33 % selon les catégories socio-professionnelles est maintenant impérative (les femmes ingénieurs et cadres étant systématiquement les plus lésées !).

 

À la CFE-CGC, mars, sera le mois de l’égalité. La Confédération fera un état des lieux complet dans toutes ses instances (entreprises, confédération, fédérations, unions départementales et régionales) dans l’optique d’actions correctives partout en France via ses délégués syndicaux.

 

Il s’agit d’arrêter l’hypocrisie pour traiter en profondeur ce problème d’écart salarial. Mettons à la poubelle ce fameux décret du 7 juillet 2011 et négocions prioritairement sur les écarts de salaire et sur la promotion des femmes dans l’entreprise à tous les postes, jusqu’aux plus hautes instances dirigeantes. Ensuite, nous pourrons peaufiner encore plus les questions de conciliation des temps de vie pour les femmes et les hommes.

 

Des chiffres, des audits, des réunions, du bla bla, des articles de loi pour faire plaisir au patronat : la CFE-CGC dit STOP !

Agissons pour obtenir des résultats et vite, l’enjeu est majeur.

 

Source : Service communication CFE CGC

Par Union Locale CFE CGC de RENNES (35) - Publié dans : EGALITE PROF.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 11:46

Bonjour,

 

notre prochaine réunion aura lieu le lundi 26 mars de 18h à 19h30 rue Chicogné à Rennes

 

nous avons choisi un thème qui fait débats en ces temps d'élections présidentielles :

 

                                LE LOGEMENT SOCIAL

                   et l'aménagement du territoire breton

                          LE LOGEMENT DES SENIORS

              LE LOGEMENT DES PERSONNES HANDICAPEES

 

notre expert pour cette présentation : 

                                                 Patrick CHARRIER  - Directeur Général

                      Groupe ESPACIL  -  INITIAL Action logement  (collecteur 1%) - ARGO

                                                              

Nous vous attendons nombreux !

Par Union Locale CFE CGC de RENNES (35) - Publié dans : VIE de l'Union Locale
Voir les 0 commentaires

Profil

  • nos bureaux sont situés 18 rue Chicogné 35000 RENNES tél.02 99 65 59 88 fax 02 99 30 94 62 du Lundi au Vendredi 9h00-12h00 et 14h00 18h00 notre adresse courriel : catherine.tanvet@hotmail.fr

Derniers Commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés